J’ai parfois eu l’impression de lire du Orwell en moins bien, mais le roman m’a tout de même plu et donne des pistes de réflexion. L’avènement des LLM a donné une nouvelle lecture de ce livre. Claude avait des choses à dire sur le sujet :
Symétriquement, on peut se demander comment la Parité Mentale absorberait GPT : soit le contre-exemple fait tout s’effondrer, soit — plus intéressant — la machine devient le seul exutoire licite de la hiérarchie cognitive, le lieu où l’on a enfin le droit de dire « plus intelligent que », parce que ce n’est plus un humain.
Shriver imagine le militantisme détruisant les instruments qui mesurent le mérite : tests, examens, concours, admissions. En 2026, les LLM les détruisent aussi — la dissertation ne discrimine plus, le devoir maison non plus, la lettre de motivation encore moins, le test technique de recrutement à peine. Une parité mentale de fait, obtenue par l’outil et non par la croyance. Ça retourne la satire contre elle-même : si l’effet est identique, l’objection portait-elle sur la fausseté de la doctrine ou sur ses conséquences ? Et accessoirement, le délit absurde du roman est devenu une catégorie réglementaire — le scoring algorithmique en éducation et en recrutement est classé à haut risque dans l’AI Act.
La suite est une collection de citations…
« Prodigieuse » ne signifie pas uniquement « intelligente ». Ça veut dire aussi « top », « super », « formidable ». Je me suis penchée sur la question : les Britanniques lâchent un « prodigieux » chaque fois qu’on les bouscule dans la rue.
Les mouvements extrémistes n’ont de cesse d’avoir de nouvelles exigences, car rien n’affaiblit plus une cause que la réussite. Les activistes détestent que l’aboutissement de leur quête les prive de leur objectif ; atteindre la terre promise laisse les croisés démunis. À part siroter de l’eau de coco, dans une oasis utopique, les occupations sont inexistantes. La quête ne doit jamais prendre fin. Le but doit demeurer inatteignable. Et pour le garder inatteignable, on le rend de plus en plus radical.
D’ailleurs, n’est-ce pas le problème des commentateurs, d’une manière générale ? Qui a déjà été convaincu par une chronique radiophonique ou télévisuelle ? Les auditeurs et téléspectateurs qui ne sont pas d’accord avec les idées qu’on y défend ne l’écoutent pas ou éteignent leur poste. La fonction des commentateurs est de confirmer. Ma meilleure amie n’avait sans doute jamais fait changer d’avis personne. Elle était simplement douée pour mettre des mots sur ce que son audience pensait déjà, lui procurant ainsi une confortable mais passive source d’autosatisfaction pas bien méchante.
C’était de bonne guerre. Ils apprenaient que les autres pouvaient défendre des points de vue qu’on trouvait contestables et être toujours de bonne compagnie. Qu’il était possible et souvent nécessaire de faire la distinction entre ce qu’on pensait dans l’intimité et ce qu’on disait en public. Que, dans la réalité, on était quelquefois obligé de consentir à des compromis sur ses principes pour pouvoir gagner sa vie. Que, pour survivre dans un environnement politique dangereusement électrique, des femmes adultes faisaient des choix radicalement différents et restaient amies.
Comme toujours, il m’était plus facile de dire oui longtemps à l’avance, parce que je persiste à me raconter que les engagements lointains ne se concrétisent jamais. Règle générale : ne jamais accepter quelque chose que vous n’auriez pas envie de faire le lendemain. Ou dans cinq minutes, d’ailleurs.