Recherches Google et Claude sur lâidentitĂ© de Jed Martin :
Jed Martin est un personnage entiĂšrement fictif, Ă qui Houellebecq invente une carriĂšre dâartiste plasticien : photographies de cartes Michelin, portraits de « mĂ©tiers », puis tableaux tardifs. Ce que rĂ©vĂšle pourtant le site kochxbos.com, câest que la KochxBos Gallery (une vraie galerie dâart dâAmsterdam) a repris cette fiction Ă son compte : un artiste sâest appropriĂ© lâidentitĂ© de Jed Martin et a exposĂ© sous ce nom en 2016 (Travail Humain) puis en 2018 (Travail Humain II, oĂč la galerie avait reconstituĂ© son atelier), vendant de vĂ©ritables photographies prĂ©sentĂ©es comme le prolongement de la biographie inventĂ©e par Houellebecq, jusquâĂ en reprendre les jalons : naissance prĂšs de Paris en 1975, exposition Ă lâEspace Michelin en 2005. Un artiste bien rĂ©el jouant le rĂŽle du personnage fictif.
Quelques noms croisés en chemin :
La question de la beautĂ© est secondaire en peinture, les grands peintres du passĂ© Ă©taient considĂ©rĂ©s comme tels lorsquâils avaient dĂ©veloppĂ© du monde une vision Ă la fois cohĂ©rente et innovante ; ce qui signifie quâils peignaient toujours de la mĂȘme maniĂšre, quâils utilisaient toujours la mĂȘme mĂ©thode, les mĂȘmes modes opĂ©ratoires pour transformer les objets du monde en objets picturaux ; et que cette maniĂšre, qui leur Ă©tait propre, nâavait jamais Ă©tĂ© employĂ©e auparavant. Ils Ă©taient encore davantage estimĂ©s en tant que peintres lorsque leur vision du monde paraissait exhaustive, semblait pouvoir sâappliquer Ă tous les objets et toutes les situations existants ou imaginables.
« Je suis content que tu sois autonome », rĂ©pondit son pĂšre. « Jâai connu plusieurs types, dans ma vie, qui voulaient devenir artistes, et qui Ă©taient soutenus par leurs parents ; aucun nâa rĂ©ussi Ă percer. Câest curieux, on pourrait croire que le besoin de sâexprimer, de laisser une trace dans le monde, est une force puissante ; et pourtant en gĂ©nĂ©ral ça ne suffit pas. Ce qui marche le mieux, ce qui pousse avec la plus grande violence les gens Ă se dĂ©passer, câest encore le pur et simple besoin dâargent.
Il aimait la porte battante, impossible Ă vraiment fermer, qui donnait sur la route de GuĂ©ret, et lâĂ©norme poĂȘle de la cuisine, quâon pouvait alimenter par du bois, du charbon, et sans doute par nâimporte quelle sorte de combustible. Il Ă©tait tentĂ© dans cette maison de croire Ă des choses telles que lâamour, lâamour rĂ©ciproque du couple qui irradie les murs dâune certaine chaleur, dâune chaleur douce qui se transmet aux futurs occupants pour leur apporter la paix de lâĂąme. Ă ce compte-lĂ il aurait bien pu croire aux fantĂŽmes, ou Ă nâimporte quoi.
Ils vĂ©curent plusieurs semaines de bonheur (ce nâĂ©tait pas, ce ne pouvait plus ĂȘtre le bonheur exacerbĂ©, fĂ©brile des jeunes, il nâĂ©tait plus question pour eux au cours dâun week-end de sâexploser la tĂȘte ni de se dĂ©chirer grave ; câĂ©tait dĂ©jĂ â mais ils Ă©taient encore en Ăąge de sâen amuser â la prĂ©paration Ă ce bonheur Ă©picurien, paisible, raffinĂ© sans snobisme, que la sociĂ©tĂ© occidentale propose aux reprĂ©sentants de ses classes moyennes-Ă©levĂ©es en milieu de vie).
Bien des annĂ©es plus tard, lorsquâil fut devenu cĂ©lĂšbre â et mĂȘme, Ă vrai dire, extrĂȘmement cĂ©lĂšbre â Jed devait ĂȘtre interrogĂ© Ă de nombreuses reprises sur ce que signifiait, Ă ses yeux, le fait dâĂȘtre un artiste. Il ne devait rien trouver de trĂšs intĂ©ressant ni de trĂšs original Ă dire, Ă lâexception dâune seule chose, quâil devait par consĂ©quent rĂ©pĂ©ter presque Ă chaque interview : ĂȘtre artiste, Ă ses yeux, câĂ©tait avant tout ĂȘtre quelquâun de soumis. Soumis Ă des messages mystĂ©rieux, imprĂ©visibles, quâon devait donc faute de mieux et en lâabsence de toute croyance religieuse qualifier dâintuitions ; messages qui nâen commandaient pas moins de maniĂšre impĂ©rieuse, catĂ©gorique, sans laisser la moindre possibilitĂ© de sây soustraire â sauf Ă perdre toute notion dâintĂ©gritĂ© et tout respect de soi-mĂȘme.
Le soleil se lĂšve Ă neuf heures ; bon, le temps de se laver, de prendre des cafĂ©s, il est Ă peu prĂšs midi, il me reste quatre heures de jour Ă tenir, le plus souvent jây parviens sans trop de dĂ©gĂąts. Mais au printemps câest insupportable, les couchers de soleil sont interminables et magnifiques, câest comme une espĂšce de putain dâopĂ©ra, il y a sans arrĂȘt de nouvelles couleurs, de nouvelles lueurs, jâai essayĂ© une fois de rester ici tout le printemps et lâĂ©tĂ© et jâai cru mourir, chaque soir jâĂ©tais au bord du suicide, avec cette nuit qui ne tombait jamais.
Vous savez, ce sont les journalistes qui mâont fait la rĂ©putation dâun ivrogne ; ce qui est curieux, câest quâaucun dâentre eux nâait jamais rĂ©alisĂ© que si je buvais beaucoup en leur prĂ©sence, câĂ©tait uniquement pour parvenir Ă les supporter.
â Il y a un jour, une semaine spĂ©ciale oĂč vous ĂȘtes libre ?
â Pas vraiment. La plupart du temps, je ne fais rien. Rappelez-moi quand vous avez lâintention de venir. Bonsoir.
Quâest-ce qui dĂ©finit un homme ? Quelle est la question que lâon pose en premier Ă un homme, lorsquâon souhaite sâinformer de son Ă©tat ? Dans certaines sociĂ©tĂ©s, on lui demande dâabord sâil est mariĂ©, sâil a des enfants ; dans nos sociĂ©tĂ©s, on sâinterroge en premier lieu sur sa profession. Câest sa place dans le processus de production, et pas son statut de reproducteur, qui dĂ©finit avant tout lâhomme occidental.
Olga Ă©tait douce, elle Ă©tait douce et aimante, Olga lâaimait, se rĂ©pĂ©ta-t-il avec une tristesse croissante en mĂȘme temps quâil rĂ©alisait que plus rien nâaurait lieu entre eux, ne pourrait plus jamais avoir lieu entre eux, la vie vous offre une chance parfois se dit-il mais lorsquâon est trop lĂąche ou trop indĂ©cis pour la saisir la vie reprend ses cartes, il y a un moment pour faire les choses et pour entrer dans un bonheur possible, ce moment dure quelques jours, parfois quelques semaines ou mĂȘme quelques mois mais il ne se produit quâune fois et une seule, et si lâon veut y revenir plus tard câest tout simplement impossible, il nây a plus de place pour lâenthousiasme, la croyance et la foi, demeure une rĂ©signation douce, une pitiĂ© rĂ©ciproque et attristĂ©e, la sensation inutile et juste que quelque chose aurait pu avoir lieu, quâon sâest simplement montrĂ© indigne du don qui vous avait Ă©tĂ© fait.
Il se replia sur un hĂŽtel proche de lâaĂ©roport, vaste et fonctionnel, situĂ© sur le territoire de la commune de Glattbrugg. Il Ă©tait dâailleurs lui-mĂȘme assez cher, et paraissait trĂšs confortable ; mais existait-il, en Suisse, des hĂŽtels bon marchĂ© ? des hĂŽtels inconfortables ?
Dâailleurs il nâavait pas passĂ© son enfance dans la Creuse, seulement quelques vacances dâĂ©tĂ© dont il ne gardait aucun souvenir prĂ©cis, juste celui dâun bonheur indĂ©fini, brutal.
Câest de cette maniĂšre indirecte, en quelque sorte par recoupement, quâil prit conscience quâil venait lui-mĂȘme dâavoir soixante ans. CâĂ©tait surprenant : il nâavait pas conscience dâavoir vieilli Ă ce point. Câest Ă travers les relations avec autrui, et par leur intermĂ©diaire, quâon prend conscience de son propre vieillissement ; soi-mĂȘme, on a toujours tendance Ă se voir sous les espĂšces de lâĂ©ternitĂ©.