C’est un roman très linéaire, qui ne m’a pas du tout surpris, mais je l’ai quand même terminé rapidement et il m’a plu. J’ai trouvé que les personnages étaient parfois un peu caricaturaux, mais rien de grave.
Bien que ce ne soit sûrement pas l’axe principal du roman, je crois que c’est la relation entre Milena et Ali qui m’a le plus touché :
L’appartement était décoré de meubles chinés dans des brocantes. Au mur étaient accrochées des photos d’art. Ce soir-là, ils avaient invité quelques amis pour leur montrer l’appartement où ils venaient d’emménager. Ali avait préparé le dîner et dressé le buffet. Il prenait un selfie de lui et de Milena à la lueur des bougies qu’elle avait allumées, riait en choisissant un filtre avant de le poster sur son compte Instagram. Je n’étais pas inscrite sur les réseaux sociaux ; Ezra oui. Il aimait dire qu’il avait lu une enquête expliquant que, plus un individu doutait de son couple ou de son bonheur, plus il allait l’afficher sur les réseaux. En observant ma fille et Ali, j’avais pourtant le sentiment d’un amour authentique. Nous avons pris place autour de la table basse sur laquelle Milena et Ali avaient déposé l’apéritif. Ils riaient de leurs blagues qu’ils semblaient seuls à comprendre. Ils avaient cette vitalité propre aux jeunes couples qui n’ont pas encore été abîmés par les déceptions, les disputes – tout ce qui finirait par arriver avec la parentalité, les épreuves, les échecs. Je me demandais si leur amour allait durer. J’essayais de me souvenir précisément du jour où j’avais cessé d’aimer Ezra, et d’ailleurs était-ce un point de rupture ou un long processus ? Ali ne semblait voir que ma fille, encellulé dans la phase de sidération amoureuse où l’autre est tout pour vous. Chaque fois qu’il s’approchait d’elle, il ne pouvait pas s’empêcher de la toucher. La façon dont il la regardait, surtout, trahissait le désir qu’il avait d’elle et qu’il était incapable de contenir, même en ma présence. J’étais très heureuse du bonheur de ma fille et, dans le même temps, la manifestation de leur amour me renvoyait à tout ce que j’avais perdu. Moi aussi j’avais été cette femme amoureuse et aimée mais, à présent, je me sentais disqualifiée, sur le banc de touche, au mitan de ma vie.
Des terroristes qui prennent des dizaines de vies, ça ne me fait pas grand-chose. Mais deux jeunes gens amoureux, alors là, tout de suite…